
Comme je le remarquais dans un article précédent, l'opinion est facteur de guerre. Choisir c'est à la fois un devoir et un sacrifice. Elire c'est exclure. Tout voir par une opposition n'est pas forcément justifié. Mais c'est aussi très mal vu des héritiers de la bien-pensance moderne. L'égalitarisme en tant que norme imposée nous a appris que rien n'est bon ni mauvais, rien n'est bien ni mal: tout se vaut, chacun a une place égale dans le monde coloré, relativiste et acidulé des
Teletubbies.
Aussi ferai-je remarqué que Tinkie Winkie, Dipsie, Lala et Po sont des bestiaux dotés de jolis pelages en couleurs synthétiques, rouge, jaune, vert et violet. Des couleurs différentes donc.
Ah ! Voilà que la pensée moderne se retrouve avec un nouveau paradoxe sur ses bras décharnés. Si tout se vaut dans ce monde merveilleux, alors que faire de notre tendance naturelle à la sélection (et à l'élection)? Que faire de nos penchants et aversions? Et que faire de la palette multicolore proposée par mère nature qui dans son infinie négligence à oublier d'uniformiser le monde à une couleur, une forme, une dimension...
Une et indivisible? Voilà le rêve (ou plutôt le déni de réalité) des ectoplasmes de l'intelligentsia franco-française. L'urinoir de
Marcel Duchamp = La
Mona Lisa de
Da Vinci. Le graffiti - Pardon! La marque de malaise social des artistes de banlieues = la calligraphie en pleins et déliés.
Amel Bent =
Rachmaninov. On peut aller encore loin dans l'absurdité contemporaine devenue le sacerdoce de ces traîtres néo-bourgeois à la cause du Bien, du Beau et du Vrai contre lesquels ils ont troqué le Pourquoi pas, Faut aimer
et bien souvent: Le Faux. Trahison d'autant plus écœurante que les génies à notre époque ne manque pas à l'appel. Ils sont juste rarement appelés.
Cette hypocrisie qui consiste à tout broyer sous le presse purée du point de vue subjectif est en fait une nouvelle fausse objectivité non revendiquée. Un avis sur tout pour ne rien dire. En clair, l'opinion de ces élites c'est qu'elles n'en ont pas. Et ce parce qu'elles se foutent éperdument de l'avenir de l'art, et plus largement de l'avenir des valeurs universelles autour desquelles il serait pourtant bon de se réunir rapidement pendant que le brasier des sociétés modernes nous laisse encore une issue de secours.
Mais pourquoi, Oh Jésus Christ Sainte Marie Mère de Dieu de la Félicité de mon Fion,
Pourquoi ces élites se foutent-elles comme d'une guigne de ces valeurs dans lesquelles elles ont le plus souvent grandi paradoxalement?
Réponse: Parce qu'elles sont rentières! Parce qu'elles ne peuvent envisager l'avenir comme une bataille mais comme une séance de pédalo sur un lac tiède et sans remous, sans même un canard bicolore pour venir troubler la direction unique qu’a toujours prit leur existence. Ces gens-là, fils de, cooptés, fonctionnaires bureaucrates, invités professionnels des médias, arrivistes, artistes mondains révolutionnaires, assistés refusent l'opinion comme ils refusent la guerre parce que la réalité pèse trop lourd sur leurs carcasses peu rodées aux coups. Voilà pourquoi
Thierry Ardisson,
Arthur et
Laurent Ruquier encenseront toujours les puissants, lècheront toujours les culs des réalisateurs franchouillards sans talent et descendront les petits artisans de la vérité et de la création ; voilà pourquoi le monde du marketing, de la publicité et de la coke facile vantera toujours des petits slogans humanistes post-modernes à la Benetton dans le seul but de flatter le populo qui est prêt à se faire couper l'électricité pour payer son abonnement i-mode inutile, vendu par la dernière starlette de banlieue à la mode ; voilà pourquoi
Didier Porte,
Anne Roumanoff et
Stéphane Guillon ne savent faire des chroniq

ues que sur le seul sujet qui attire l'attention des médias:
Nicolas Sarkozy, son mariage, ses tics, sa montre, ses gros mots et sa surreprésentation médiatique dont ils sont les seuls responsables. C'est si bon d'être riche et de jouer en même temps l'ami des ploucs, de la boulangère, de l'agent de sécurité et du manutentionnaire! C'est si bon de vanter le brassage des cultures, l'amitié entre les peuples, la non-violence, le shit, et le dernier
Luc Besson avant de retourner se faire sucer la tige par une pute ukrainienne dans sa villa surprotégée de Saint Tropez! Et ces mêmes personnes voudraient faire fermer leur gueule à des gens qui ont la mal séance d'avoir encore le sens de la mesure (la justice), la distinction du Bien et du Mal aussi subjective soit-elle, le droit de s'affranchir des télévangélistes hypocrites, du droit du père dominateur et crétin autant que de la nouvelle matriarchie destructrice des fondations séculaires qui ont permis à l'Occident de tenir debout pendant plusieurs siècles.
Bref, pour ces gens-là, comme les moquait subtilement Jacques Brel, l'opinion n'existe pas en dehors de la promotion aveugle et chauvine, de l'humour répétitif et au ras des pâquerettes, et de ce fleuve d'informations linéaires et monomaniaques censées avoir de l'importance à nos yeux. En dehors de ça, il y a un néant à combler et la société souterraine de l'art s'en charge plus ou moins bien. Entre les dithyrambes et l'acharnement du "tout pourri", l'esprit critique de bonne foi ne semble surgir que d'acteurs singuliers, entièrement indépendant à la Machine : des bloggeurs parfois, quelques geeks lumineux, de rares intellectuels courageux, de nombreux artistes heureusement mais toujours trop peu et pour finir le public, l’acteur lambda, Monsieur X, le populo, celui qui engraisse les mondains avec son SMIC et qui risque une peine de prison pour avoir télécharger le dernier blockbuster sur Emule.
Aussi, en tant que X, opposer deux films comme je m'apprête à le faire est puni par le tribunal des escargots bien penseurs protégés par la coquille confortable du mensonge - Pardon! De la subjectivité!
Cependant, je n’oublie pas de poser quelques garde-fous contre cette envie facile et délicieuse de se plonger dans le commentaire permanent de l’activité d’autrui. Le critique lui-même n’est pas exempt de critique. Sa légitimité se limite au crédit qu’on doit apporter à l’opinion subjective d’une seule personne et ne vaut pas plus que celle accordée à un artiste qui propose une œuvre et donc aussi un avis sur le monde, la société des hommes, etc.
Je me permets aussi de rappeler que l'idéologie de la toute relativité a aussi parasité mon esprit fœtal puisque je pense qu'il n'y a pas un seul film qui ne vaille pas la peine d'être vu. Même les plus insupportablement bêtes et fades ont des choses à nous apprendre sur le
monde et sur nous même. Comme Tanrantino le citait lui même d'un auteur dont le nom m'échappe à cet instant "il y a ceux qui aiment les films et ceux qui aiment les films qu'ils aiment" Il faut faire parti de la première catégorie pour s'autoproclamer cinéphile. Il faut avoir cette curiosité et ce courage de pénétrer le territoire ennemi et d'en revenir avec des informations, quels qu'en soient les dégâts collatéraux pour notre appétit insatiable de satisfaction immédiate, chose à laquelle ne se risqueraient jamais les serviteurs de la culture unitaire bourgeoise... et autres admirateurs de Florent Pagny.
Voilà donc contre, toute espèce de correction, une critique opposant deux films dit de genre que sont A l'Intérieur d'Alexandre Bustillo et Julien Maury et Frontière(s) de Xavier Gens. Un premier absolument excellent, un second d'une médiocrité affligeante.
A l'intér
ieur a le mérite de se présenter comme tout film de genre qui ne se respecte pas, avec une accroche simple et digne des slashers 80's: « Ouvre moi ta porte que je t'ouvre le ventre ». On sent les deux polissons déconneurs (Bustillo et Maury) qui prétendent titiller notre curiosité comme le ferait tout réalisateur d'un vulgaire joint de série B pour mieux nous décevoir avec le schéma classique de ce genre de film où après quelques sacrifices circonstanciels, notre héroïne en larme et gentiment blessée, juste assez pour causer l'effroi des téléspectateurs assidus de Buffires contre les Vampy, s'en sort grâce à un flic consciencieux, un voisin ou pire: son petit copain. Dans le meilleur des cas, elle utilise la violence subie pour une ultime vengeance tarantinesque dans un sursaut d'héroïsme propre à ces victimes brisées par la vie et qui n'ont plus rien à perdre. Tout le film est construit dans le but de susciter ce faux espoir pour bien entendu mieux le décevoir et créer un contraste entre ce qu'attend le spectateur et ce qui doit arriver. C'est ce qu'on appelle un ascenseur émotionnel.
De son côté Xavier Gens a décider de nous la jouer avec
une accroche in your face : "Ce film accumule des scènes de boucherie particulièrement réalistes et éprouvantes." Vous imaginez la déception que peut engendrer une telle opération de marketing qui prétend nous décrocher la lune alors qu'elle ne fera que nous la montrer par la lunette grossissante d'un télescope bon marché. En l’occurrence, c'est A l'intérieur qui nous décrochera la lune et qui en plus nous la balancera dans la gueule en nous promettant du gore à demi-mots.
Le film nous raconte l'histoire d'une jeune femme, veuve, accidentée de la route, et à son neuvième mois de grossesse qui est harcelée et violentée dans sa propre maison par une femme qui est prête à tout pour avoir le gamin qu'elle doit mettre au monde le lendemain : Jour de Noël (farceurs). Le temps est réduit à celui d'une nuit de cauchemar et toute l'histoire se calibre sur l'urgence de l'action, l'imminence d'une naissance, le trip se veut viscéral, angoissant comme le tic tac d'une bombe à retardement qui s'emballe et dont la fréquence se rétrécit à mesure qu'un halo mortel se ressert autour de la victime, et dont les manifestations sonores (limite agaçantes) ponctuent quelques scènes pour mieux éveiller chez le cinéspectateur le plaisir anxiogène d'un film à suspens.
L’action se situe presque entièrement dans une maison de banlieue. Elle représente le premier intérieur du film et vient se superposer aux différents niveaux d'intériorités: l'intérieur de la tête (folie, dépression), l'intérieur du ventre etc. Elle représente aussi l'intimité dans laquelle le public est plongé pour qu'il s'identifie à notre "héroïne" dont la demeure fait aussi office de tombeau, d'abord par la solitude dépressive dans laquelle elle s'enferme, ensuite par l'épaisseur de l'éther jaune-brun qui empli les pièces de la maison et semble supprimer tout oxygène ainsi que toutes les couleurs qui pourraient évoquer la vie et le bonheur.
La seule pièce qui contraste avec cette atmosphère de crypte est la salle de bain où nos deux compères ont préférés laisser la blancheur froide et clinique d'un carrelage javellisé contrastant avec le rouge vif du sang des blessures infligées et dont l'éclat reste le seul éclair de vie dans un film où la naissance, la violence et par extension la mort sont étroitement liés. Les scènes à l'extérieur de la maison (le début et une petite ellipse explicative rapidement expédiée vers la fin) sont d'une pâleur qui laisse déjà s'installer l'atmosphère d'une vie triste, froide et monotone (voir monochrome) où se meuvent des personnages qui ne brillent pas par leur humanité, telle cette infirmière atypique qui souffle la fumée de sa clope au nez de Sarah en lui évoquant l'accouchement de son premier mort-né. La tragédie est installée, Sarah est seule, dépressive, dans un monde violent et idiot, avec les émeutes de banlieues en toile de fond, la voilà cernée et contrainte de se replier dans le premier niveau d'intériorité: une maison digne d'un slasher-movie de Carpenter. Le film raconte une descente aux enfers sans retour, où chaque niveau d'intériorité est une marche de plus vers l'ignoble. Nous voilà donc en compagnie de jeunes cinéastes qui sont de vrais créateurs d'ambiances.
Frontière(s) se veut donner une résonance plus politique, une sorte de spéculative fiction sur un groupe de jeunes banlieusards qui fuient la grande ville alors que l'extrême droite prend le pouvoir en France. Ce que n'a pas l'air de comprendre Xavier Gens, c'est que la dimension politico-sociale démesurée pour donner une certaine profondeur à son film ne fonctionne que sur des ados influençables qui "se cherchent un supplément d'âme au moment de leur étude" (Alain Soral, sociologue), pas sur des jeunes gens ou adultes avec un esprit non binaire. Cette fausse valeur ajoutée, cette absence de travail et d'esprit critique remplacés par cette peinture posant lourdement un contexte social déformé par l'idéologie biaisée du réa rajoute en effet une dimension: celle du kitch. Cette description superficielle et angoissée d'une société où un fascisme reclus, obscur et fanatique patiente dans les sous-sols idéologiques d'un pays qui n'aime ces enfants que blancs, bien droits et sages à l'opposé de petits agitateurs révolutionnaires, "jeunes de banlieue" qui ne demandent qu'à être intégré à la communauté des hommes est d'une naïveté désespérante. Ce délire monomaniaque de prétendre dénoncer la menace totalitaire 60 ans après la mort du nazisme guerrier et meurtrier est à la fois une insulte aux peuples vivants sous une réelle oppression dictatoriale et d'une prétention au courage confondante de bêtise.

Par ailleurs, cette tendance obsessionnelle de nombreux auteurs de films d'horreur à toujours placer l'action de leurs histoires dans les campagnes pour faire une caricature des ruraux digne des plus belles propagandes soviétiques d’antan : ploucs blancs, sales, ignorants, abrutis, arriérés et insensibles à l'opposé de nos métropoles civilisées, métissées et tolérantes est révélateur de ce que l'idéologie politique a réellement contaminé toutes les strates de l'art content-pour-rien.
Là où A l'intérieur laisse échapper quelques volutes de fumée sans grand intérêt sur les émeutes de banlieues de 2005 pour remettre à sa place la dimension fictionnelle, assumée et divertissante de l'histoire, Frontière(s) étale des couches grasses et odorantes de stéréotypes et de projections puériles d'un réalisateur qui a décidé de construire un film sur son angoisse de voir arriver au pouvoir le FN. Pauvre chou.
Ecrire, filmer ou composer en ne tenant compte que de sa petite sphère d'appréciation personnelle du monde et écraser le réel avec cette perception pour prétendre en faire une oeuvre ayant une résonance plus large touchant à l'universel, voilà un contresens qui échappe même aux fans les plus mordus de
Romero ou
Pasolini dont se réclame
Xavier Gens -
vous pouvez rire - pour la construction linéaire de son film (Le concept du cercle du sexe, de la merde et du sang dans le film
Salo et toute sa signification sur le sens réel de l'exercice du pouvoir sadique sur autrui est appliqué de manière
brillante tout le long de
Frontière(s): du cul au début, de la merde au milieu et du sang à la fin du film. Bravo!
Pour information, il suffit de se procurer une des nombreuses interviews que ce préadolescent à casquette a donné pour la promotion de son film pour se rendre compte du niveau d’intégrité intellectuelle d’un tel « artiste ». On fait rarement aussi puéril.Les personnages de
Frontière(s) sont en papier mâché. Nos
jeuneudeucités interprétés par des petits bourgeois du
Cours Florent font sûrement de l'effet aux bacheliers d'Henri IV et aux atrophiés du bulbe baignés dans le marécage libérale-libertaire depuis l’enfance, mais certainement pas aux banlieusards. "On est quand même bien dans nos HLM" dit Jean-Mouloude du 16ème arrondissement. « Du sang pur » éructe le faux sosie d’
Adolf Hitler lors d’un dîner à la gloire des racines germano-aryennes de la famille.
Xavier Gens ne craint pas le ridicule et laisse dégouliner des scènes de dialogues dont un gamin en première année de théâtre rougirait.
A l'intérieur, malgré quelques errances un peu pataudes d'
Alysso
n Paradis qui améliore perceptiblement son jeu tout au long du film (tourné dans l'ordre chronologique des scènes ce qui est assez rare), quelques fausses notes dans les dialogues un peu trop explicatifs afin de gérer la cohérence du film et mots qui tombent à plat, peut se vanter d'avoir en son sein un casting plutôt bon. Soyons clairs:
Béatrice Dalle en veuve noire insane, boogeywoman moderne et barbare est à la fois épatante de justesse, terrifiante de sadisme et paradoxalement (ou non) très humaine. Sa seule présence immobile, au début du film, comme une plante carnivore qui se fond dans les ombres de la nuit et attend son heure pour sortir de sa contemplation et ainsi refermer ses extensions végétales afin de broyer et digérer sa proie est glaçante. L'actrice a largement contribuée à la réussite d'un film qui était déjà sur de très bons rails.
Pour épater les oreilles, Butillo et Maury ont joué à la fois la carte de la sobriété pour le début et la fin, avec de lentes progressions de violons et violoncelles en couches successives pour épouser l’épaisseur dramatique du film, quelques samples de tic-tac-boom-boom, battements de coeur synthétiques ou horloges déréglées et stridentes comme le cerveau de la psycholady et qui ramène toujours à l'urgence de l'action, tout en ponctuant le reste du film avec de gros point d'orgues tonitruants pour évoquer, disons le honnêtement, le choc provoqué par de telles scènes. L'ennui est que cela ne choque pas forcément tout le monde, tout le temps. Cependant, je peux témoigner de l'efficacité de telles exagérations sonores et visuelles dans une salle de cinéma où spectateurs tour à tour bondissaient et gémissaient avec quand même de nombreux rires qui sans se moquer, prenaient à sa mesure la dimension grandguignolesque du film qui ne se prend pas non plus vraiment au sérieux tout en étant rudement impressionnant dans son jusqueboutisme.

Musicalement, Frontière(s) se cramponne à des références culturelles non digérées dans le seul but de copier-coller un style rebattu fait de petites mélodies harmoniques connues pour épater la galerie et faire sérieux devant les copains. Comme de très nombreux jeunes réalisateurs dont la connaissance superficielle de la musique les poussent à toujours reproduire les mêmes schémas d'illustrations sonores, Xavier Gens tombe dans la facilité du contraste "musique classique / scène gore" et ose des envolées soudaines de cordes pour nous indiquer qu'à ce moment précis de la scène, nous devrions nous tordre de douleur face à tant d'atrocités. Tinkie-Winkie vient de se coincer son gros doigt en mousse dans la porte de la Tubbie-Maison et la musique nous demande de fermer les yeux. Raté!
Aussi, amis jeunes réalisateurs pleins de prétentions et de symphonies bourgeoises dans la tête, si votre bagage musicale se résume à avoir écouté dix galettes de rock dans votre vie après l’avoir méprisé toute votre adolescence et à avoir assimilé l'intégrale de Beethoven au cours de votre longue carrière de cinéspectateurs: faîtes des films sans bande son. N'est pas Kubrick qui veut.

D'un point de vue visuel aussi,
Frontière(s) accumule les erreurs de débutant. En plus d'une direction d'acteur et d'un casting catastrophique, l'image de ce film est un véritable
calvaire pour les cinéphiles. Cette nuit artificielle tournée en plein jour, ces teintes bleues et vertes grossières, dégueulasses comme une gélatine crasseuse posée devant l'objectif donne la nausée et peut même provoquer l'hilarité: voir cette scène où 2 personnages sont dans une voiture, dans cette coloration de nuit qui ferait pâlir les premiers utilisateurs de la technique de la nuit américaine et dans laquelle le bras du conducteur est exposé à un quartier de lumière qui contraste tellement avec la partie ombrée de l'intérieur de la voiture qu'on comprend que ces neuneus ont filmés cette aube-nuit
en plein jour sous le soleil !
Je suis d'avis qu'il faille forcer la tolérance car réaliser un film est une entreprise complexe, éreintante, et on ne fait pas toujours ce qu’on veut avec les moyens qu’on souhaiterait avoir. Mais ce manque de justesse technique et surtout ce mépris pour l'intelligence du public relève du foutage de gueule et en dit long sur la piètre qualité de travail fournie pendant la fabrication de ce navet ainsi que la mentalité désastreuse d'un réalisateur dont le manque de maturité (intellectuelle comme artistique) transpire dans ce film brouillon, patineur et surtout
qui ne provoque pas la moindre réaction de peur ou de dégoût chez quiconque a été au cinéma ces 10 dernières années pour voir autre chose que la quadrilogie
Taxi.. La promesse de cette affiche putassière qui avait la prétention de nous avertir sur le risque que nous encourions à voir ce film ne nous a pas donné les raisons objectives pour lesquelles ce film ne devrait pas être vu. Je propose donc de remplacer l'accroche de l'affiche par: "
ce film vous dépouillera d'un billet de 10 euros de façon particulièrement malhonnête et écœurante".Quand au film des compères Bustillo et Maury, je ne tiens pas à développer une exégèse complète de ce petit bijou du cinéma d’horreur car tout ne se raconte pas, sans parler de spoiler, la critique argumentée et maîtrisée à laquelle je ne prétends même pas n’est qu’un parfum évanescent qui tente de vous séduire pour vous faire toucher le corps duquel il émane, un spectre lointain qui d’une voix pleine d’écho réverbéré vous invite à l’expérience.
Et celle-ci prévaudra toujours plus sur n'importe quelle construction analytique. Faîte-vous votre avis. Mon conseil vaut ce qu’il vaudra à vos yeux.
Voyez A l’intérieur. Zappez Frontière(s).
